Mme Maria Vérone à la tribune (Léon Fauret, 1910) – une illustration féministe et son contexte de publication
En 2022, les organisatrices de l’exposition Parisiennes citoyennes ! au Musée Carnavalet découvrent sur le site de ventes de Drouot un tableau signé Léon Fauret portant le titre erroné Scène d’intérieur de café parisien1. Le tableau représente en réalité Mme Maria Vérone à la tribune, lors d’un meeting en faveur du suffrage des femmes. Il a été identifié grâce à sa reproduction dans le magazine Femina en 1910. Selon l’historienne du féminisme Christine Bard qui a dirigé l’exposition, cette œuvre est la première représentation picturale connue d’une scène suffragiste2.
L’Association pour un Musée des féminismes (AféMuse) a acquis cette œuvre grâce à un financement participatif ; elle est maintenant exposée au Musée des Beaux-Arts d’Angers et devrait rejoindre le futur Musée des féminismes dans cette ville.

image 01 – Léon Fauret, Mme Maria Vérone à la tribune, huile sur toile, 1910, Musée des Beaux-Arts d’Angers, photo PP.
Fauret a peint ce tableau en 1910 pour qu’il soit reproduit dans la presse. Il devient alors une illustration picturale. À notre époque, l’événement d’actualité qu’il représente, le meeting suffragiste, ferait certainement l’objet d’une photographie. Au début du 20e siècle, pour rendre compte de l’actualité, les magazines publiaient à la fois des photographies et des illustrations réalisées par des artistes. Pour comprendre le contexte de publication de cette image dans le magazine Femina à cette période charnière où la photographie remplace de plus en plus l’illustration, il est nécessaire de s’intéresser à l’évolution des techniques de reproduction et diffusion des images.
Remarque : L’article est assez long en raison du large contexte de publication étudié. Si vous souhaitez éviter ces développements, vous pouvez lire directement la conclusion.
Sommaire
- Mme Maria Vérone à la tribune dans le magazine Femina (avril 1910)
- Femina et la photographie de presse
- Les photographies de meetings suffragistes dans la presse française
- Actualité et illustration – des images qui circulent dans le monde entier
- Léon Fauret, peintre et illustrateur
- Les illustrations de Fauret dans la presse française (hors Femina)
- Les illustrations de Fauret dans la presse étrangère
- Les illustrations de Fauret dans Femina non retrouvées dans la presse étrangère (1910-1914)
- Les illustrations de Fauret dans Femina et dans la presse étrangère (1910-1914)
- Les illustrations féministes de Fauret dans Femina
- Retour sur Mme Maria Vérone à la tribune
- Une illustration féministe dans son contexte de publication
- Références
1. Mme Maria Vérone à la tribune dans le magazine Femina (avril 1910)
Le commentaire qui accompagne la reproduction du tableau de Fauret dans le magazine Femina est sobre, factuel. Lors d’un meeting suffragiste à Paris, Mme Vérone défend le remplacement du mot ‘hommes’ par ‘êtres humains’ dans la Déclaration des droits de l’homme. Le commentaire nomme aussi quelques personnalités, hommes et femmes, qui ont participé au meeting, et signale que la présidente de la réunion, Mme Bonnevial, est représentée de dos à côté de Mme Vérone. Le point de vue atypique adopté par l’artiste, depuis le fond de la tribune vers la salle, conduit en effet à une composition documentaire (selon les termes du commentaire) peu conventionnelle où les hommes et femmes en avant-plan sont figurés de dos. Plusieurs personnages apparaissent comme ‘saisis sur le vif’, surpris dans des postures familières : Maria Vérone prononce son discours la main tendue vers l’assemblée, elle a la bouche mi-ouverte, ce qui est rare dans la peinture académique ; un homme est penché sur son siège pour mieux voir ; une femme à gauche se tient le menton ; dans le fond de la tribune, tout aussi attentif au discours de l’oratrice, un homme debout se tient lui aussi le menton ; à droite, un homme est assis à une table, la plus grande partie de son corps en dehors de l’image, il est penché vers une femme vue de dos et semble transcrire leur conversation ; dans le coin inférieur droit, une main isolée prend des notes, etc. L’image présente un effet de réel caractéristique de la photographie. Par son point de vue, son cadrage, les attitudes des personnages, la composition documentaire de Fauret peut être qualifiée d’instant quasi photographique.

image 02 – Le premier meeting des suffragettes françaises – Mme Maria Vérone à la tribune, Femina, n° 221, 1er avril 1910, p. 193, composition de Léon Fauret, Gallica-BnF, image: collection personnelle.
Cette illustration apparaît singulière lorsque l’on examine le numéro du magazine dans son ensemble. Encarté dans son supplément publicitaire illustré de dessins, le fascicule comporte 24 pages. Il est disponible sur Gallica. Sur le plan iconographique, il contient de nombreuses photographies publiées sous diverses formes : en pleine page (pp. 173-175), comme celle de la couverture sur laquelle nous reviendrons, en médaillons (pp. 179, 182, 191), sous forme de montages (pp. 194, 195). Ce sont toutes des photographies d’illustration comme on les qualifierait aujourd’hui, où les protagonistes sont représentés sans relations avec les événements auxquels ils ont participé. Sur la dernière page, le Bloc-notes de Femina regroupe une galerie de 17 photographies dont la plupart se rapportent à des événements récents mais jamais datés. S’y ajoutent un dessin humoristique d’Abel Faivre (p. 181), des dessins de modes (pp. 186-188) et trois illustrations, celle de Léon Fauret (p. 193) et deux autres, anecdotiques : La grande course de ski-jorink à Saint-Moritz (dessinateur non identifié, p. 183) qui dépeint un événement récent non daté, et Le départ des jeunes mariés (signée René Lelong, pp. 184-185) qui se réfère à un événement imaginaire symbolique. L’illustration de Fauret est la seule image du fascicule représentant un événement significatif, localisé et daté précisément.
Cette analyse rapide appelle plusieurs questions :
- L’illustration de Fauret est-elle un succédané de photographie d’actualité, permettant de documenter un événement sur lequel le magazine ne possédait apparemment aucun cliché ?
- Est-ce une commande de Femina ou une initiative de Fauret proposée au magazine ?
- Publiée dans un magazine féminin bourgeois, est-ce une image féministe ?
- L’illustrateur était-il un sympathisant du combat suffragiste ?
- Travaillait-il à partir de photographies ?
Pour répondre à ces questions, l’approche de l’historien(ne) consisterait bien sûr à étudier les archives du magazine Femina et celles de l’artiste, mais nous ne savons même pas si elles existent.
L’objet du présent article est de proposer une autre méthode, fondée sur la culture visuelle. Elle est initiée par une enquête sur la production de Léon Fauret dans Femina sur une courte période (1910-1914). Pourquoi cette période restreinte ?
Seules quatre des dernières années de la première formule du magazine Femina (1901-1914) sont disponibles sur Gallica et RetroNews : 1910, 1911, 1912, 1914 (incomplète en raison de la guerre). Le corpus est complété par quelques numéros de l’année 1913, manquante sur Gallica. L’analyse a ensuite été étendue à d’autres titres de presse française et étrangère en exploitant plusieurs sources indiquées en note3. Au cours de l’étude, il est apparu indispensable de s’intéresser aussi à la circulation des images – illustrations et photographies – dans la presse de l’époque.
Pour ne pas surcharger l’article, les références aux images du corpus d’étude non reproduites sont mentionnées en notes ; les liens directs vers les images sont donnés uniquement pour les sites publics.
Hormis les légendes des images, les textes du magazine ne sont généralement pas pris en compte. L’objet de l’article n’est pas de savoir si Femina peut être qualifié de féministe. Sur cette question, l’excellent ouvrage de Colette Cosnier Les Dames de Femina – Un féminisme mystifié a clairement montré ses ambiguïtés4 – nous le citerons régulièrement.
2. Femina et la photographie de presse
Dans son panorama de la presse française de 1871 à 1940, l’historien Pierre Albert relève que la “formule de la presse féminine” a été transformée par le lancement de Femina en 1901 par Pierre Lafitte : “pour la première fois, la photographie y jouait un rôle prépondérant”5.
L’intérêt de Pierre Lafitte pour la photographie au service de la presse est constant. À partir de 1897, il crée plusieurs magazines illustrés qui tous reproduisent principalement des photographies. En 1908, il accueille dans la salle du théâtre Femina les premiers essais par Édouard Belin de transmission à distance de photographies qui conduiront à la mise au point du bélinographe en 19136. Alors que les quotidiens américains exploitaient déjà depuis plusieurs années l’illustration photographique, il crée en 1910 le journal Excelsior, premier quotidien français traitant de l’actualité récente à l’aide de photographies.
En ce qui concerne Femina, le magazine adopte une maquette assez régulière, dominée par la photographie et conforme dans ses grandes lignes à celle décrite ci-dessus pour le fascicule du 1er avril 1910 : photographies en pleine page, en médaillons, en montages, Bloc-Notes photographiques (pas toujours en dernière page), illustrations, dessins humoristiques et dessins de modes qui deviennent de plus en plus nombreux à partir de 1912 environ.
3. Les photographies de meetings suffragistes dans la presse française
Au cours de la première décennie du 20e siècle, le débat public sur le droit de vote des femmes a conduit la presse française à reproduire plusieurs photos de meetings suffragistes. Quinze jours après le numéro contenant l’illustration Mme Maria Vérone à la tribune, le magazine Femina publie une photo d’intérieur non créditée qui montre des hommes et des femmes applaudissant Marguerite Durand lors d’une réunion électorale7.

image 03 – Mme Marguerite Durand devant les électeurs du IXe arrondissement de Paris, Femina, n° 222, 15 avril 1910, p. 201, Gallica-BnF.
Bien que le scan de Gallica soit de mauvaise qualité, on remarque que le cliché est manifestement retouché – une chaise a été ajoutée hors du cadre, derrière Mme Durand. Cette curieuse retouche, observée aussi sur une reproduction visible sur le site du Sénat, demeure énigmatique. En effet, la chaise est parfaitement visible sur la photo d’origine, créditée Jules Baley et disponible sur Getty Images8.
Le magazine Femina a également reproduit plusieurs photos montrant des réunions en salles de ‘suffragettes’ anglaises9, ainsi que d’autres scènes figurant des assemblées féminines non suffragistes10.
À cette époque, Femina n’est pas le seul titre de presse à s’intéresser en images au féminisme. Plusieurs exemples relevés dans d’autres titres peuvent être mentionnés.
Dès 1908, l’hebdomadaire La Vie illustrée, qui lui aussi fait largement appel à la photographie, publie en couverture un cliché d’un congrès féministe à Paris, où Marguerite Durand figure à la tribune.

image 04 – Un Congrès féministe à Paris, La Vie Illustrée, n° 507, 3 juillet 1908, Gallica-BnF.
En 1910, Excelsior, le quotidien nouvellement créé par Pierre Lafitte, publie également une photo d’un meeting de suffragettes anglaises11.
Signalons enfin un autre cliché de Marguerite Durand publié dans La Vie Illustrée en 1910.

image 05 – Le féminisme aux élections – Mme Marguerite Durand, candidate aux élections législatives, à Paris, expose son programme, salle des agriculteurs. Photo Rapid, La Vie Illustrée, n° 599, 9 avril 1910, p. 17, Gallica-BnF.
Ce relevé, bien sûr non exhaustif, montre d’une part que la presse française illustrée du début du 20e siècle s’intéressait aux meetings suffragistes, et d’autre part qu’il n’existait pas d’impossibilités techniques pour photographier ces réunions en salles et reproduire les clichés.
Il n’est pas donc impossible que des photos du meeting du 11 mars 1910, où Maria Vérone est intervenue, aient aussi été réalisées.
4. Actualité et illustration – des images qui circulent dans le monde entier
Le précédent exemple est particulièrement intéressant puisque le cliché a également été reproduit dans un grand nombre de quotidiens américains, illustrant un article du journaliste Sterling Heilig, correspondant à Paris.

image 06 – Marguerite Durand and French Suffragettes, by Sterling Heilig, Evening star (Washington, District of Columbia), Saturday May 7, 1910, p. 3, newspapers.com / French Suffragettes Will Run for Parliament on Gentleness, by Sterling Heilig, The Times-Democrat (New Orleans, Louisiana), Sunday, May 8, 1910, p. 3, newspapers.com / French Suffragettes are Oh So Gentle, by Sterling Heilig, The Plain Dealer, Cleveland, Ohio, Sunday, May 22, 1910, p. 60, newspapers.com.
À la fin du 19e siècle, les progrès techniques de la similigravure permettent à la presse de reproduire massivement des photographies12. La similigravure transforme le cliché photographique en plaque métallique gravée. Comme l’observe l’historienne Anne-Claude Ambroise-Rendu, l’utilisation conjointe du dessin gravé et de la photographie dans un même article et parfois une même page de journal devient courante vers 1900, “ce qui du reste rend difficile (compte tenu des similitudes d’apparence qui existent entre les deux) l’identification du document”13.
Les titres de presse largement illustrés devenant de plus en plus nombreux, la production et la diffusion des images s’organise, les premières agences photographiques voient le jour. Analysant l’évolution de l’iconographie dans l’hebdomadaire L’Illustration durant les toutes premières années du 20e siècle, l’historien de la photographie Thierry Gervais remarque : “des structures comme les agences Rol, Branger ou Chusseau-Flaviens se spécialisent dans la réalisation de clichés illustratifs. Pour l’essentiel, ces agences produisent des images d’événements organisés ou collectent une documentation photographique atemporelle que les journaux utilisent à défaut d’images d’actualité.”. L’auteur explique comment la presse exploite différemment la photographie et le dessin gravé, comment les deux techniques, au début du nouveau siècle, répondent aux impératifs de l’actualité et au besoin d’illustrations atemporelles : “La contrainte essentielle du journal [L’Illustration] consiste à recevoir les images à temps pour illustrer une actualité. Alors que le télégraphe permet un récit des faits quasi immédiat, les images voyagent encore au rythme des chemins de fer. Dans ces conditions, le graveur propose une solution impossible au photographe. À partir d’un récit, il peut imaginer un croquis représentatif de l’événement. Il en résulte une répartition des sujets entre photographie et gravure dans le journal. Cette dernière demeure efficace pour les scènes d’action inaccessibles ou lointaines alors que la photographie produit essentiellement une documentation générique.”14.
Comme nous l’avons observé à propos des clichés de meetings féministes, cette différenciation devient plus beaucoup plus floue dès 1908. La photographie est alors fréquemment utilisée pour illustrer certains événements d’actualité proches. Le clivage entre actualité et illustration ne recoupe bientôt plus la différence entre les deux médias, gravure et photographie. Dans les premières décennies du 20e siècle, les images circulent désormais dans les journaux et magazines français et étrangers, et ce sont leurs usages, leurs contextes de publication qui permettent de répartir les images (picturales ou photographiques) entre visuel d’actualité et visuel d’illustration.
Qu’en est-il de Femina ?
Le studio Femina, photographie d’art est créé en 1907. Il alimente le journal en photographies de mode et d’illustration (i.e. non liées à des événements d’actualité). Certains des clichés produits par le studio sont repris par des journaux étrangers. Peut-être étaient-ils distribués par une agence ? Quelques montages sont également repris, avec un crédit explicite à Femina, comme celui qui représente les avocates de Paris.

image 07 – À propos d’un centenaire : les avocates de Paris, photos Femina, Pirou et Manuel, Femina, n° 236, 15 novembre 1910, p. 607, Gallica-BnF / Wearers of beret and gown : ladies who practise at the bar, Photography by “Femina” Pirou and Manuel, The Illustrated London News, Saturday, December 17, 1910 – 957, archive.org.
Comme la plupart des magazines de cette époque, Femina omet très souvent de mentionner les sources extérieures des photographies reproduites. L’un des plus célèbres clichés de Marguerite Durand, posant avec sa lionne ‘Tigre’, est reproduit en couverture du numéro du 1er avril 1910. Dans son ouvrage sur Femina, Colette Cosnier relève que si la légende de cette photo mentionne bien le journal féministe La Fronde, fondé par Marguerite Durand, il ne faut pas se fier aux apparences, cette photo “ne va pas dans le sens d’un hommage rendu au féminisme […] c’est une scène familière de la vie d’une personnalité, rien de plus qu’un petit événement mondain.”15.

image 08 – Mme Marguerite Durand et sa lionne “Tigre”, photo non créditée, Femina, n° 221, 1er avril 1910, p. 173 (couverture), Gallica-BnF.
La publication de cette photo dans une dizaine de quotidiens et magazines anglo-saxons confirme la pertinence de cette remarque. Il s’agit d’une photographie de l’agence Wiener Agency qui a réussi à séduire de nombreux titres de presse en raison de la scène représentée, inattendue mais totalement déconnectée des combats de la féministe (3 exemples ci-dessous).

image 09 – A Famous Feminist and Her Pet: Mrs Marguerite Durand and Her Lioness ‘Tiger’, The Sketch (London, England), Wednesday, April 13, 1910, p. 20, newspapers.com / Dogs, Leopards and Lions are Pets of Famous French Women, The Sunday Oregonian (Portland, Oregon), Sunday, October 23, 1910, p. 8, newspapers.com / French Suffragette and her Lion Pet, The Week: A Journal of Commerce, Farming, Mining, and General Information and Amusement, (Brisbane, Queensland, Australia), Friday, November 18, 1910, p. 24, Photo Wiener Agency, Sydney, newspapers.com.
La tendance que décrit Thierry Gervais s’observe donc dans un même numéro de Femina : la photo de Marguerite Durand avec sa lionne n’est pas une image d’actualité mais une image d’illustration, une image ‘people’ dirions-nous aujourd’hui, alors que la reproduction du tableau de Fauret apparaît comme une véritable image d’actualité.
Femina utilise parfois certaines photographies avec désinvolture et en brouillant la distinction actualité/illustration évoquée.
En août 1910, la Une du magazine affiche une photo non créditée de la poétesse et romancière Lucie Delarue-Mardrus assise près d’un arbre, en pantalon. La légende affirme qu’elle “revêt le pittoresque accoutrement que voici par les longues randonnées aux environs de Honfleur”. En pages intérieures, dans un billet intitulé En Normandie, l’écrivaine précise : “Je ne viens pas ici, mes chères lectrices, m’excuser de porter culottes à la première page de Femina, mais vous expliquer pourquoi je vêts parfois ce costume, et je viens même vous le conseiller, dans certains cas où la jupe devient une impossibilité.”. Elle poursuit en affirmant qu’elle porte souvent un costume masculin durant ses vacances en Normandie pour la même raison de commodité qu’elle en portait un lors de ses voyages passés dans les pays arabes. La lectrice en déduit naturellement que cette photo possède un aspect documentaire, qu’elle a vraisemblablement été prise récemment durant les vacances de l’écrivaine.
Dans son ouvrage, Colette Cosnier reproduit la photo et la commente. Elle s’étonne que Femina publie “un texte aussi hardi et dont le caractère équivoque ne semble pas faire problème” ; elle rappelle que Lucie Delarue-Mardrus n’est pas ‘la vraie femme’ selon les principes de la revue, “ses amours féminines ne sont pas secrètes et elle n’est pas mère”16.

image 10 – En vacances : Mme Lucie Delarue-Mardrus, Femina, n° 230, 15 août 1910, couverture, photo non créditée. Gallica-BnF.
Si le texte est hardi, le choix de l’image par Femina l’est aussi.
Quelques semaines auparavant, la photo de Mme Delarue-Mardrus en pantalon a été utilisée abondamment dans la presse anglo-saxonne à l’occasion de la publication de son roman Comme tout le monde17. La photo comporte en incrustation une vignette photographique où l’écrivaine apparaît de profil, soigneusement coiffée, ponctuant les commentaires qui soulignent sa féminité sous son costume masculin ; on y lit que seules les femmes réellement avenantes peuvent porter des knickerbockers, et que Mme Mardrus n’est pas de ces femmes ‘hommasses’ ! Tous ces commentaires masculinistes précisent par ailleurs que la photo a été prise lors de ses voyages en Orient avec son mari, le docteur Mardrus.

image 11 – An Unconventional Novelist – Madame Delarue-Mardrus in Exploring Costume, The Tatler (London, England), n° 470, Wednesday, June 29, 1910, p. 339, newspapers.com. / Mme Delarue-Mardrus in Exploring Costume, The Buffalo Sunday Morning News (Buffalo, New York), Sunday, July, 17, 1910, p. 2, newspapers.com. / Madame Delarue-Mardrus, Novelist, Who is Popular Favorite in Paris – Mme Delarue-Mardrus in Exploring Costume, The San Francisco Examiner (San Francisco, California), Sunday, July 17, 1910, p. 17, newspapers.com.
Le cliché date en réalité de 1905 ; il illustre un reportage sur les voyages de Lucie Delarue-Mardrus, publié par le magazine La Vie Heureuse, le concurrent de Femina. Selon toute vraisemblance, les photos de ce reportage ont été réalisées par son mari18.

image 12 – Madame Delarue-Mardrus aux Pays Arabes, La Vie Heureuse, n° 9, 15 septembre 1905, pp. 172-173, Gallica-BnF.
En résumé, ce cliché a beaucoup circulé dans la presse, et il a été utilisé selon trois régimes. En 1905, il constitue un document photographique d’actualité sur les voyages de Mme Mardrus et son mari. En 1910, à l’occasion de la sortie d’un nouveau roman de l’auteure, la presse anglo-saxonne l’exploite sous un mode illustratif. La même année, Femina revient à un mode quasi-documentaire, mais sans souci d’exactitude temporelle, pour imager la défense par Lucie Delarue-Mardrus du port du costume masculin pour les femmes.
5. Léon Fauret, peintre et illustrateur
“Léon Fauret est né à Mugron (Landes). Peintre et dessinateur, il a été formé par Albéric Dupuy, aux Beaux-Arts de Bordeaux, avant de rejoindre l’Académie Julian, à Paris, où il suit les cours de Jean-Paul Laurens et de Benjamin Constant. Sa première exposition est celle du Salon de 1895, deux ans avant qu’il ne devienne un habitué du Salon des artistes français. Il obtient une mention honorable et diverses médailles en 1895 et 1896 pour deux de ses toiles, Béatrix et Épave sainte.” [Jean-Paul Perrin, notice sur Léon Fauret sur le site de L’Illustration].
Vers 1898, Fauret devient illustrateur de presse. Sa signature apparaît fréquemment dans les magazines français (Femina, L’Illustration, Je Sais Tout, Le Monde Moderne, Le Petit Français illustré, La Revue Pour Tous, La Vie illustrée), et dans plusieurs revues anglaises (The Bystander, The Graphic, London News, The Sketch, The Sphere) [d’après Marcus Osterwalder, Dictionnaire des illustrateurs 1905-1965, tome 2, Ides et Calendes, 2005, notice sur Léon Fauret].
Les notices biographiques sur l’artiste omettent de préciser qu’il signe aussi des illustrations dans la presse allemande, et dans plusieurs quotidiens nord-américains et même australiens – nous en donnerons quelques exemples.
Fauret travaille régulièrement pour la collection La petite Illustration, le supplément du magazine L’Illustration qui publie des romans, et il illustre aussi des livres d’autres éditeurs. À partir de la seconde moitié des années 1920, il réalise plusieurs publicités.
Avant d’étudier précisément les illustrations de Fauret dans Femina entre 1910 et 1914, il est utile d’élargir brièvement le champ en examinant l’évolution des images qu’il a réalisées pour d’autres titres de la presse française et étrangère.
6. Les illustrations de Fauret dans la presse française (hors Femina)
Entre 1898 et 1927, les illustrations signées Fauret dans la presse française en dehors de Femina ne représentent pratiquement jamais de femmes. Les sujets abordés évoquent un monde masculin, bourgeois et conservateur.
On remarque ainsi plusieurs scènes militaires ou patriotiques19, notamment une représentation de la dégradation du capitaine Dreyfus intitulée La parade du 4 janvier 1895 (!)20.
On relève aussi quelques scènes de la vie quotidienne des classes moyennes21 ou de la bourgeoisie cossue22.
L’une de ses rares incursions auprès des classes populaires montre des réfugiés après les inondations de 1910… secourus par la belle-sœur du Garde des Sceaux23.
Fauret rend compte aussi par le dessin de plusieurs spectacles parisiens, il croque en particulier la pièce Chantecler de Rostand à plusieurs reprises24.
Fauret dessine fréquemment des scènes vues dans différentes Bourses européennes. Deux de ces images méritent attention25.
Publiées en 1911 dans L’Illustration, les scènes représentent deux instants quasi photographiques, l’un à la Bourse de Paris, l’autre à celle de Berlin. Les personnages agités et représentés parfois hors du cadre rappellent en effet ceux de l’image de Maria Vérone dans Femina un an auparavant. Les deux dessins ont été publiés également dans des revues étrangères. La légende du second précise qu’il a été réalisé par ‘notre envoyé spécial à Berlin, Léon Fauret’, mais L’Illustration ne semble pas en posséder l’exclusivité. Les versions étrangères créditent l’artiste mais ne mentionnent pas le nom du magazine français.

image 13 – Où se révèlent les préoccupations extérieures – une séance à la bourse, L’Illustration, 7 octobre 1911, couverture, dessin de Léon Fauret, Google Books (Magazines) / Rumour as the Mother of Frenzied Finance: ‘War’ and Money, The Illustrated London News (London, England), Saturday, October 19, 1912, p. 569, newspapers.com.

image 14 – Une séance à la bourse de Berlin, dessin de notre envoyé spécial à Berlin, Léon Fauret, L’Illustration, 11 novembre 1911, p. 370-371, Google Books (Magazines) / Stimmungsbild aus der Berliner Börse, eine Originalzeichnung von Léon Fauret, Illustrirte Zeitung, 1911 November 15, pp. 1082-1083, archive.org / The European Situation: An Important Factor in Forming German Opinion – The Berlin Bourse, drawn by Léon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday December 9, 1911, pp. 240-241, newspapers.com.
Fauret représente aussi régulièrement les dirigeants de l’époque26 et les têtes couronnées, comme dans La Vie heureuse, le concurrent de Femina27 – ce qui montre au passage qu’il pouvait travailler dans le même temps pour les deux magazines.
La réputation artistique de Fauret est à l’époque bien établie, et certains de ses tableaux sont reproduits à la fois dans la presse française et dans la presse étrangère28.
Entre 1914 et 1918, comme beaucoup d’artistes, Fauret a plusieurs fois illustré la guerre. On lui doit notamment une composition intitulée “Le Bel Exemple – Le général Pétain, franchissant seul un terrain criblé d’obus… Un tel courage commande la victoire…” (Je Sais Tout, 15 décembre 1918)29.
Sur cette longue période (1898-1927), un seul dessin de Fauret met en scène un groupe de femmes.
En mai 1910, L’Illustration publie des notes d’une professeure de français au Wellesley College, une université féminine privée près de Boston. L’article est accompagné de deux photographies et décrit les fêtes du 1er mai. Un dessin introductif de Léon Fauret représente des jeunes filles du collège qui jouent et dansent autour d’un arbre de mai. Là encore, les postures des personnages et le cadrage relèvent de l’instant quasi photographique.
L’artiste ne s’est manifestement pas documenté à partir des photos de l’article où les jeunes filles sont en uniforme et l’arbre de mai absent. Il s’est probablement inspiré d’autres (rares) photographies des festivités de 1910, non publiées dans le magazine, sur lesquelles les tenues des jeunes filles et l’arbre de mai sont identiques30. L’ensemble confirme la complémentarité entre les illustrations dessinées et les photographies dans les reportages d’actualité de l’époque.

image 15 – Le 1er mai dans un collège de jeunes filles aux États-Unis – Jeux et danses autour de l’arbre de Mai, dessin de Léon Fauret, L’Illustration, 7 mai 1910, pp. 420-421, Gallica-BnF.
7. Les illustrations de Fauret dans la presse étrangère
Entre 1906 et 1913, les sujets des dessins de Fauret identifiés dans la presse étrangère sont tout aussi bourgeois et conservateurs que ceux de la presse française.
Fauret témoigne par le dessin de plusieurs grands spectacles parisiens auxquels il a assisté31.
Il dépeint les membres de la haute bourgeoisie française lors de leurs distractions ou dans leurs œuvres de bienfaisance32.
Lorsque Fauret donne à voir les classes populaires, ce sont des individus dangereux : des grévistes porteurs de drapeaux rouges qui affrontent la police, ou l’arrestation dans un cabaret d’un ‘apache’ très recherché33.
En 1911, le magazine londonien The Sphere publie un dessin inhabituel de Fauret. On y voit un vendeur de journaux à la criée ainsi que des hommes et des jeunes garçons s’arrachant des exemplaires du journal du jour. Aucune femme sur cette image, hormis celle qui tient un balai sur le perron d’une grande maison (la mairie ?). La nouvelle annoncée dans le journal est d’importance et semble ne concerner que les hommes ; la légende précise en effet qu’à la suite de la baisse de la natalité en France, le Parlement envisage de compléter le contingent avec des ‘troupes noires’ ! C’est à notre connaissance le seul dessin humoristique (?) de l’illustrateur. Les postures des personnages dont certains sont hors-cadre caractérisent à nouveau un instant quasi photographique, cette fois caricatural.

image 16 – How News is Received in a French Village After an Important Political Event, drawn by Leon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday, March 25, 1911, p. 257, newspapers.com
8. Les illustrations de Fauret dans Femina non retrouvées dans la presse étrangère (1910-1914)
Les exemples précédents montrent que certaines illustrations de Fauret ont été publiées à la fois dans la presse française et dans plusieurs magazines étrangers, surtout anglais et américains. L’analyse effectuée demeure bien entendu partielle. D’autres multi-publications qui nous ont échappé existent très certainement, parmi les titres cités et d’autres titres non examinés.
Ces limitations concernent aussi le recensement des illustrations de Fauret dans Femina durant la période 1910-1914. Lorsqu’une illustration a été retrouvée dans Femina mais pas dans un magazine étranger, cela peut signifier évidemment qu’elle a échappé à notre investigation de la presse étrangère.
À la différence des autres magazines français examinés précédemment, le lectorat de Femina est féminin. Les illustrations de Fauret publiées par la revue comportent donc toujours des femmes.
On relève des images où figurent des conjointes de célébrités du monde politique, des personnalités mondaines ou du spectacle34. Les distractions bourgeoises comme le patin à glaces sont aussi représentées35.
En 1912, Fauret signe un dessin de mode sur la couverture du numéro exceptionnel Modes d’automne & d’hiver du magazine36 et en 1914, il illustre trois courts textes de souvenirs d’Anatole France, Pierre Loti, et Camille Saint-Saëns sur leurs mères37.
Ce sont cependant les illustrations où certaines femmes sont au premier plan de l’actualité qui méritent que l’on s’y arrête. Mais si Fauret dépeint celles-ci avec bienveillance, les légendes d’accompagnement sont souvent ambigues. Colette Cosnier le constate dans son ouvrage : “Femina aime beaucoup citer les pionnières et leur rendre hommage, mais celles-ci n’auront droit qu’à ses sarcasmes”38.
Plusieurs de ces femmes sont à l’époque célèbres.
La première image montre Anne Morgan, la fille du banquier John Pierpont Morgan, soutenant les ouvrières du textile en grève à New York. La légende de l’image est condescendante envers les grévistes et la fille du milliardaire y est qualifiée de “meneuse”.
La seconde image décrit l’exploratrice écossaise Olive Mac Leod qui “vient de battre le record de fidélité” en traversant des régions inexplorées et hostiles en Afrique pour aller se recueillir sur la tombe de son époux.

image 17 – Une Milliardaire gréviste – Miss Annie Morgan haranguant les “blousières” new-yorkaises, dessin de Léon Fauret, Femina, 1er février 1910, p. 61, Gallica-BnF ; voir Colette Cosnier, op. cit., p. 88 / Une fiancée intrépide – Miss Olive Mac Leod dans la région des grands lacs africains, composition de Fauret, Femina, 15 janvier 1912, p. 45, Gallica-BnF.
Pour les deux illustrations suivantes, la sobriété des dessins et des titres tranche avec les commentaires.
La première image représente des jeunes candidates sur les bancs de l’amphithéâtre Descartes à la Sorbonne pour l’épreuve du baccalauréat en lettres classiques. On apprend que durant cette épreuve, les examinateurs “étaient amènes ; leurs lèvres souriantes ne s’écartaient que pour poser des questions faciles et parfois même pour y répondre – aussitôt que le mutisme d’une candidate faisait mal augurer de son savoir ”. L’observation qui se veut sans doute aimable envers les demoiselles est en fait méprisante ! Dans son commentaire sur cette image, Colette Cosnier estime d’ailleurs que le “ton badin” de la légende “peut donner lieu à bien des interprétations”39.
Le titre de la seconde image, Une femme à la Bourse !, laisse penser que l’institution prestigieuse ouvre enfin ses portes aux professionnelles de la finance. Il n’en est rien. La légende nous apprend que cette femme est admise dans le temple du pouvoir financier tenu par les hommes pour effectuer une quête pour la Croix Rouge en faveur des soldats français engagés au Maroc. Le titre est trompeur, la légende remet les femmes à leurs places, confinées aux bonnes œuvres…
Par les postures des personnages et les cadrages adoptés, les deux images apparaissent là encore comme des instants quasi photographiques. Ce sont des illustrations d’actualité ; l’événement que représente la première est d’ailleurs daté dans la légende.

image 18 – Les femmes à la Sorbonne – La journée des bachelières, dessin de Fauret, Femina, 15 août 1911, p. 447, Gallica-BnF [image reseau-canope.fr, reproduite dans Jenny Boucard et Colette Le Lay, 1924-2024 : centenaire de l’égalité des filles et des garçons devant le baccalauréat (PDF)] / Une femme à la Bourse !, dessin inédit de Fauret, Femina, 1er août 1912, p. 435, Gallica-BnF.
9. Les illustrations de Fauret dans Femina et dans la presse étrangère (1910-1914)
L’enquête a permis d’identifier 17 images signées Léon Fauret parues à la fois dans Femina et dans la presse étrangère durant la période 1910-1914. La production de notre illustrateur était donc largement partagée. Avant de décrire ces images, il convient de signaler que Fauret n’est pas un cas unique. René Lelong, un autre peintre et illustrateur en vogue à cette époque, a lui aussi régulièrement dessiné pour Femina, et l’on retrouve certaines de ses compositions dans la presse étrangère. En 1911, l’une d’elles illustre un article sur Les Bergsoniennes, “les mondaines ravies [qui] dégustent la parole élégante du professeur [Bergson]”40.

image 19 – Les habituées du cours à la mode – Le professeur Bergson va commencer son cours, composition d’après nature, de René Lelong, Femina, 15 avril 1911, p. 205, Gallica-BnF / Philosophy as Fashionable as the Wedding : The Parisienne’s Whim, drawn by René Lelong, The Illustrated London News (London, England), Saturday, June 3, 1911, p. 849, newspapers.com.
Trois ans plus tard, c’est au tour de Fauret de décrire “les élégantes, délaissant les plaisirs mondains, [qui] se résignent à passer de mortelles heures d’attente, dans les couloirs du collège de France” pour assister au cours de Bergson. Le commentaire accompagnant l’image dans le magazine londonien The Bystander est tout aussi sarcastique envers les jeunes femmes.

image 20 – Pour l’amour de la philosophie, composition inédite de Fauret, Femina, 1er mars 1914, p. 117, Gallica-BnF / Stoic Philosophers – Patiently awaiting admission to a lecture by M. Henri Bergson, by Leon Fauret, The Bystander (London, England), Wednesday, March 11, 1914, p. 511, archive.org.
Ce ne sont pas seulement des mondaines ou des bourgeoises qui figurent sur les illustrations signées Fauret dans Femina et partagées dans la presse étrangère. On relève également plusieurs images de têtes couronnées.
En 1910, il illustre une anecdote concernant la reine Amélie du Portugal en excursion près de Biarritz41.
Le 1er juin 1911, Femina consacre presque entièrement son numéro à l’Angleterre. Fauret signe la couverture et un véritable reportage intérieur de quatre illustrations en pleine page. Intitulés Autour du couronnement, ces dessins décrivent par anticipation les cérémonies du couronnement du roi Georges V et de la reine Mary qui doivent avoir lieu le 22 juin. Les images de ce reportage fictif ont toutes été publiées également par plusieurs magazines londoniens42.
Le procédé est étonnant. Le reportage apparaît comme un ensemble de documents d’actualité alors que l’événement est encore à venir ; il sera d’ailleurs largement couvert en photos le mois suivant par tous les magazines.
En février 1913, après l’élection d’Henri Poincaré à la présidence de la République, le magazine féminin choisit d’illustrer la rencontre entre Mme Poincaré et Mme Fallières plutôt que la passation de pouvoir entre leurs époux. Le magazine londonien The Bystander qui publie également le dessin décrit le contraste entre les deux dames : une ‘femme du monde’ (Mme Poincaré) succède à une ‘bonne bourgeoise’ (Mme Fallières)43.
En dehors de ces scènes statiques, Fauret réalise une série d’images que l’on peut considérer là encore comme des instants quasi photographiques.
On relève dans cette catégorie des scènes de mondanités :
le premier rang du balcon au théâtre du Châtelet…

image 21 – Au Châtelet : La Corbeille, Femina, 15 juin 1910, p. 332, composition de Léon Fauret, Gallica-BnF / The Stalls at the Châtelet Theatre, Paris, On a Caruso Night, by Leon Fauret, The Bystander (London, England), Wednesday, June 22, 1910, p. 604, newspapers.com
… un défilé de mode sur le pont d’un paquebot…

image 22 – Les mannequins à bord, Femina, 15 mai 1911, p. 261, [signature Léon Fauret], Gallica-BnF / Der Modesalon an Bord, Die Woche, Nummer 20, 20 Mai, 1911, Seite 826, archive.org / The Liner as Substitute for the Racecourse : “Models” abord Ship, drawn by Leon Fauret, The Illustrated London News #3762v138, May 27, 1911, p. 785, archive.org.

image 23 – Une procession pittoresque, Femina, 1er septembre 1911, p. 473, [dessin signé Léon Fauret], Gallica-BnF / Salvoes in Honor of a Saint: An Irun Fête, The Illustrated London News (London, England), drawn by Léon Fauret, Saturday, September 9, 1911, p. 420, newspapers.com.

image 24 – La princesse Radziwill renouvelant les exploits de Diane, Femina, 1er mars 1913, p. 122, dessin inédit de Léon Fauret, collection personnelle / Enter a Princess! A Circus-like Appearance, drawn by Léon Fauret, The Sketch Supplement (London, England), Wednesday, March 5, 1913, p. 5, newspapers.com
Quelques précisions chronologiques sont nécessaires pour comprendre le dessin qui suit.
En 1907 à Venise, l’un des amants de la comtesse Maria Tarnowska, Nicolas Naumoff, assassine un autre de ses amants, le comte Pavel Kamarovsky. La comtesse est soupçonnée d’être l’instigatrice du meurtre. Le procès de Maria Tarnowska, de Naumoff et leurs complices s’ouvre à Venise le 4 mars 1910 [et non le 14 mars comme il est souvent mentionné]44.
Le procès dure jusqu’au 20 mai 1910. L’événement est largement couvert par la presse de l’époque, un court-métrage documentaire est même réalisé45.
Publié le 1er mai 1910, le dessin de Femina illustre l’une des audiences du procès. La légende précise que les dames de la haute société vénitienne se déguisent en pauvresses pour y assister. Fauret choisit de représenter sur la droite deux Parisiennes qui ont pu se mêler à ces pseudo-pauvresses : Réjane et la journaliste Daniel Lesueur (Jeanne Loiseau) qui signe par ailleurs dans le numéro une chronique sur le procès, datée d’avril 1910 (p. 230). Leurs noms sont mentionnés sur la marge du dessin, alors que Naumoff, assis dans le box des accusés, n’est pas nommé.
Le commentaire qui figure dans le magazine londonien The Graphic est bien différent. Publié le 28 mai, le dessin illustre cette fois la séance finale du procès où la comtesse reçoit le verdict. L’histoire des Vénitiennes déguisées et des Parisiennes est oubliée, mais Naumoff et deux autres coaccusés sont mentionnnés.
Les deux magazines ont exploité l’illustration de Fauret en l’adaptant à leurs dates de publications respectives ; la scène est située en cours de procès pour l’un, en fin de procès pour l’autre. Ce dessin est aussi ‘malléable’ que le cliché de Lucie Delarue-Mardrus en costume masculin.

image 25 – Deux Parisiennes au procès de Venise – Mme Rejane et Mme Daniel Lesueur assistent à l’une des audiences du procès, Femina, 1er mai 1910, p. 243, [signature de Léon Fauret illisible], Gallica-BnF / The Closing Scene in the Venice Trial – Countess Tarnowsky receiving the verdict, [signé Léon Fauret], The Graphic (London, England), May 28, 1910, p. 777, newspapers.com.
Début mars 1910, trois numéros successifs de l’hebdomadaire L’Illustrazione Italiana consacrent des reportages photographiques au procès46. Le 12 mars, L’Illustration publie des photos du procès communiquées par le magazine italien. Un cliché représente la comtesse et Naumoff exactement dans les mêmes positions que sur le dessin de Fauret ; il ne figure pas dans les trois numéros du magazine italien. La scène est plus étroite mais le point de vue et de nombreux éléments de l’image sont identiques. Seul le groupe de carabinieri à gauche est différent. Fauret a vraisemblablement utilisé cette photographie (ou une similaire non retrouvée) ainsi que les reportages de L’Illustrazione Italiana datant de début mars 1910 pour composer son illustration située en avril ; il a élargi le champ et ajouté sur la droite les deux Parisiennes.

image 26 – Au palais de Justice de Venise – La ‘gabbia’ ou cage des accusés pendant l’interrogatoire de la comtesse Tarnowska, L’Illustration, 12 mars 1910, p. 256, Photographies communiquées par l’Illustrazione Italiana, Gallica-BnF.
10. Les illustrations féministes de Fauret dans Femina
Hormis l’illustration Mme Maria Vérone à la tribune sur laquelle nous reviendrons, Fauret a réalisé aussi pour Femina et la presse étrangère un petit nombre de dessins que l’on peut considérer comme féministes.
En 1910, il illustre la plaidoirie de l’une des premières femmes avocates de France, Marguerite Isnard, qui défend devant le conseil de guerre un jeune soldat déserteur. Le dessin paraît le même jour dans Femina et The Bystander. Le magazine londonien reprend d’ailleurs cette image l’année suivante47.

image 27 – Pour la première fois une femme plaide devant un conseil de guerre, dessin de Léon Fauret, Femina, 1er juin 1910, p. 281, Gallica-BnF / A Parisian Portia Secures an Acquittal Before a Military Tribunal, By L. Fauret, The Bystander (London, England), Wednesday, June 1, 1910, pp. 454-455, newspapers.com.
Lorsqu’il représente une grève des couturières, la même année, Fauret dessine des jeunes femmes qui manifestent place de la République. Dans son ouvrage sur Femina, Colette Cosnier estime qu’il en donne une “version burlesque”48. Les jeunes femmes grévistes apparaissent plus chahuteuses que revendicatrices. Mais c’est surtout le ton du commentaire qui semble déplacé ; les grévistes sont décrites comme “un tantinet révolutionnaires”, elles chantent L’Internationale (deux fois !) avant d’entonner une bluette à la mode. On est bien loin de la sobriété du commentaire du dessin sur Maria Vérone. Éduquées, issues de la bourgeoisie ou devenues bourgeoises par leurs professions, les figures féministes célèbres appartiennent malgré tout au monde de Femina, pas les femmes des classes laborieuses, à la fois dangereuses et naïves.
Soulignons encore deux points notables à propos de cette image.
Tout d’abord, la revue londonienne The Bystander l’a publié un jour avant Femina. Les deux magazines, l’un hebdomadaire et l’autre bimensuel, ont manifestement reçu l’illustration à peu près en même temps et ils l’ont publiée indépendamment en suivant leurs calendriers respectifs.
Par ailleurs, le tableau original peint par Fauret a été retrouvé. C’est une huile sur toile vendue récemment par un commissaire-priseur (voir ici). Il a été proposé à la vente sous le titre Foule en liesse (!). Le tableau Mme Maria Vérone à la tribune, retrouvé dans des conditions similaires sous un titre erroné, n’est pas la seule œuvre de Fauret qui soit tombée dans l’oubli.

image 28 – La grève des couturières, Femina, 15 septembre 1910, p. 497, [signé Léon Fauret], Gallica-BnF, image collection personnelle / “Vive la grève” – The Paris midinettes demonstrate against their employers, by Leon Fauret, The Bystander, September 14, 1910, p. 539, archive.org et newspapers.com.

image 29 – Deux femmes enseignent la philosophie aux jeunes gens – Mlle Rozenberg occupant la chaire de philosophie du Lycée Lakanal, [dessin signé Léon Fauret], Femina, 1er février 1911, p. 51, Gallica-BnF / The March of Feminity – Woman as Man’s Teacher, drawn by Leon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday, February 11, 1911, p. 129, newspapers.com.

image 30 – Une femme député en Norvège – Les membres du Storthing accueillent leur nouvelle collègue, composition de Léon Fauret, Femina, 15 avril 1911, p. 211, Gallica-BnF / The First Woman Member of Parliament In The World Enters Upon Her Duties, drawn by Leon Fauret, The Sphere, London, April 22, 1911, couverture, newspapers.com.
11. Retour sur Mme Maria Vérone à la tribune
Pour terminer, examinons à nouveau l’illustration Mme Maria Vérone à la tribune.
Publiée le 1er avril 1910 dans Femina, l’image apparaît dans la presse étrangère à la fin du mois. Contrairement aux autres exemples, elle n’a pas été retrouvée dans des magazines britanniques mais dans le grand hebdomadaire berlinois Die Woche. Fauret est crédité du dessin dans la légende, mais le titre du magazine français n’est pas mentionné.

image 31 – Die Wahlcampagne in Frankreich – Pariser Suffragettes in ihrer ersten Wahlversammlung – Die Advokatin Mlle. Vérone spricht – Nach einer Originalzeichnung von Léon Fauret [La campagne électorale en France – Les suffragettes parisiennes à leur premier meeting électoral – L’avocate Mlle Vérone prend la parole – D’après un dessin original de Léon Fauret], Die Woche, Nummer 17, Seite 698, 23 April 1910, archive.org et Google Books (Magazines).
Sous le titre Mme Maria Verone Addressing a Campaign Meeting, l’illustration est intégrée dans un montage publié par plusieurs quotidiens américains et canadiens. L’image de Fauret apparaît entourée de vignettes photographiques représentant des figures du mouvement suffragiste français : Mme Hélène Klatoff dont la photo est accompagnée de deux petits dessins, Mme Chapuis, Mme Madeleine Pelletier, Mme Aubertine Auclerc. Ces photos bien connues ont été publiées dans les magazines français de l’époque, par exemple dans Le Monde Illustré et Excelsior51.
Il est probable que ce montage ait été préparé à Paris et envoyé à plusieurs journaux nord-américains. On peut supposer que le document, accompagné d’un texte retravaillé ensuite par les rédactions, ait été distribué par une agence ou à la suite d’un accord de syndication entre journaux.
Dans le montage, le nom de Fauret n’est pas mentionné, et l’événement d’actualité représenté sur son illustration n’est pas daté. L’image se présente pour le lecteur avec le même statut que les portraits photographiques qui l’entourent, participant à un panorama des principales suffragistes actives lors des élections du moment en France. En d’autres termes, l’illustration de Fauret fonctionne dans ce montage exactement comme une photographie d’actualité.

image 32 – Women in Forferont of French Elections, The Richmond Virginian, Richmond, Virginia, USA, 23 April 1910, p. 3, Virginia Chronicle – Library of Virginia / French Election Brings Women to Forefront, (special cable to the Sunday News),The Buffalo Sunday Morning News, New York, 24 avril 1910, p. 2 [paru également dans l’édition du lundi 25 avril], newspapers.com / The Suffragette Movement has Taken a Strong Hold on the Mind of Feminine Paris, The Calgary Daily Herald, Alberta, Canada, 5 May 1910, p. 17, newspapers.com.

image 33 – Novel Scenes in Paris During the Campaign of the Women for Seats in the Chamber of Deputies, Butte Evening News, Butte, Montana (USA), Sunday, May 8, 1910, p. 12, newspapers.com / Women in Forferont of French Elections, The Moncton Transcript, Moncton, Moncton Parish, New Brunswick, Canada, 9 May 1910, p. 5, newspapers.com.
Par ses activités militantes diverses, Maria Vérone a acquis une grande notoriété. Avocate et journaliste, “ses engagements sont multiples : féminisme, socialisme, mouvement coopérateur, droits de l’Homme, pacifisme”52.
Après 1910, l’image réalisée par Fauret a parfois été utilisée pour illustrer ses engagements.
Un article publié en novembre 1914 dans la revue américaine Life and Labor, l’organe de la National Women’s Trade Union League, décrit les activités des femmes françaises pour soutenir l’effort de guerre. L’autrice souligne que la Ligue française pour le droit des femmes a instauré des ateliers coopératifs sous la direction de Maria Vérone pour fabriquer des vêtements d’enfants. L’article reprend l’image, sans mentionner son auteur ni même qu’il s’agit d’une illustration.
En 1919, Maria Vérone devient présidente de la Ligue française pour le droit des femmes et assure la direction de la revue mensuelle Le droit des femmes. C’est probablement à cette occasion que la Ligue publie une carte postale reprenant l’illustration, toujours sans mentionner son auteur, mais cette fois avec le crédit ‘Cliché Femina‘, ce qui peut laisser entendre qu’il s’agit d’une photographie. Le titre est devenu Le premier Meeting Suffragiste en France, abandonnant le mot suffragette du titre de Femina, perçu comme une “dénomination ironique”53.
Avec ces deux reprises et le montage qui figure dans la presse nord-américaine, la création de Fauret en 1910 s’affranchit du “féminisme mystifié” de Femina et devient une incontestable illustration féministe.

image 34 – Editha Phelps, French Women at Work, Life and Labor, Vol. IV, No 11, Whole No 47, November 1914, p. 349, HathiTrust Digital Library / Le Premier Meeting Suffragiste en France – On voit ici Mme Maria Vérone à la tribune, carte postale, Cliché Femina, Ligue française pour le droit des femmes, c. 1919, Bibliothèque Marguerite Durand.
12. Une illustration féministe dans son contexte de publication
Notre enquête visuelle permet de mieux connaître le contexte de publication de l’illustration Mme Maria Vérone à la tribune. On gardera à l’esprit cependant que l’étude est limitée à la période 1910-1914, et surtout, qu’elle ne saurait se substituer à une recherche archivistique et historique qui pourrait conduire à préciser ou corriger certaines de nos conclusions.
Léon Fauret, n’est certainement pas un illustrateur féministe. Il apparaît fondamentalement conservateur. Dans la presse française comme dans la presse étrangère, ses sujets de prédilections demeurent les scènes patriotiques, les têtes couronnées, les puissants de ce monde, les mondanités bourgeoises. Même quand il représente des femmes, ce sont le plus souvent des reines ou des princesses, des conjointes d’hommes de pouvoir, des mondaines ou des célébrités du spectacle. Très peu d’illustrations portant sa signature peuvent être qualifiées de féministes. Fauret est un illustrateur opportuniste. Lorsque l’actualité du moment met en avant une femme remarquable, exerçant souvent une profession alors inhabituelle pour une femme, ou bien encore lors des débats suffragistes, il réalise une poignée d’images qui peuvent être reçues comme féministes.
La presse de l’époque est avide d’images d’actualité, de préférences photographiques. Les illustrations comblent le manque de photographies. Fauret réalise fréquemment des images documentaires qui suivent l’actualité du moment, il crée des scènes prises sur le vif, exploitant une esthétique de l’instant quasi photographique (cadrages, vues de dos, postures, personnages hors cadre). D’autres illustrateurs bien sûr répondent à cette demande de la presse. René Lelong, un autre collaborateur de Femina déjà mentionné, réalise lors des inondations de Paris en 1910 une composition “aussi précise qu’une photographie”54. Dans le cas de Fauret, il semble bien que l’artiste se soit parfois inspiré de photographies. Ainsi, les sources de son illustration du procès de la comtesse Tarnowska sont presque certainement des clichés italiens pris au début du procès. On ne peut exclure qu’il ait aussi exploité des photographies pour réaliser Mme Maria Vérone à la tribune.
Nous ignorons si Fauret répondait à des commandes précises des titres de presse. Cela semble peu probable. Si c’était le cas, il se réservait toujours le droit de vendre son travail ailleurs. Un grand nombre de ses illustrations en effet sont placées simultanément dans plusieurs titres français et étrangers. Dans une période assez courte, une illustration paraît d’abord dans un seul titre français (pas de concurrence nationale), puis dans la presse britannique, et quelques semaines plus tard dans la presse nord-américaine et même australienne. Un journal étranger qui publie une illustration de Fauret parue dans Femina ne mentionne jamais le nom du magazine français, ce dernier ne possède donc aucune exclusivité sur l’image. S’il est aisé d’imaginer Fauret en relation directe avec les rédactions parisiennes, il est difficile de savoir comment il distribuait son travail auprès de la presse étrangère, probablement par le biais d’une agence de presse.
Dans ce contexte général, la publication de Mme Maria Vérone à la tribune dans la presse nord-américaine apparaît exceptionnelle. C’est la seule illustration anonymisée de Fauret qui est associée dans un montage à des clichés de féministes célèbres, et paraît de ce fait relever du régime photographique.
Merci à Christine Bard, Lucile Devulder et Sylvie Lebleu pour leur soutien.
En savoir plus sur l’AFéMuse et rejoindre la communauté de soutien au projet de Musée des féminismes.
- Anne-Claude Ambroise-Rendu, Du dessin de presse à la photographie (1878-1914) : histoire d’une mutation technique et culturelle. In : Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 39 N°1, Janvier-mars 1992. Pour une histoire culturelle du contemporain. pp. 6-28
- Le tableau retrouvé : Mme Maria Vérone à la tribune (1910), Interview de Christine Bard à propos de l’exposition Parisiennes citoyennes !, Archives du féminisme, n° 30, 2022, p. 49 [PDF]
- Parisiennes citoyennes ! Engagements pour l’émancipation des femmes (1789-2000), sous la direction de Christine Bard, Catherine Tambrun, Juliette Tanré-Szewczyk, textes de Christine Bard, dessins de Lisa Mandel, Musée Carnavalet – Histoire de Paris, Paris Musées, 2022
- Christine Bard et Sylvie Chaperon, Dictionnaire des féministes : France, XVIIIe – XXIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 2017
- Claude Bellanger (dir.), Histoire générale de la presse française, tome 3, 1871-1940, PUF, 1972
- Lenard R. Berlanstein, Selling Modern Femininity : Femina, a Forgotten Feminist Publishing Success in Belle Epoque France, French Historical Studies, vol. 30, no 4, automne 2007, pp. 623-649
- Myriam Chermette, Transmettre les images à distance. Chronologie culturelle de la téléphotographie dans la presse française, Études photographiques, 29 | 2012, pp. 136-169
- Colette Cosnier, Les Dames de Femina – Un féminisme mystifié, Presses Universitaires de Rennes, 2009
- Juliette Dugal, Pierre Lafitte, ‘le César du papier couché’, Le Rocambole – Bulletin des amis du roman populaire, n° 10, printemps 2000
- Thierry Gervais, La similigravure, Nouvelles de l’estampe [Online], 229 | 2010, pp. 8-25
- Thierry Gervais, Photographies de presse ? Le journal L’Illustration à l’ère de la similigravure, Études photographiques [Online], 16 | 2005, pp. 166-181
- Marcus Osterwalder, Dictionnaire des illustrateurs 1905-1965, tome 2, Ides et Calendes, 2005
- Le tableau est toujours en ligne sous ce titre sur le site Drouot Estimations. [↩]
- Pour en savoir plus sur la redécouverte de ce tableau, voir Parisiennes citoyennes ! Engagements pour l’émancipation des femmes (1789-2000), sous la direction de Christine Bard, Catherine Tambrun, Juliette Tanré-Szewczyk, textes de Christine Bard, dessins de Lisa Mandel, Musée Carnavalet – Histoire de Paris, Paris Musées, 2022 , p. 141 / Le tableau retrouvé : Mme Maria Vérone à la tribune (1910), Interview de Christine Bard à propos de l’exposition Parisiennes citoyennes !, Archives du féminisme, n° 30, 2022, p. 49 [PDF]. [↩]
- Sources utilisées en plus de Gallica : collection personnelle, archive.org, Google Books (magazines), HathiTrust Digital Library, The British Newspaper Archive, Gutenberg.org, NYS Historic Newspapers, lillustration.com, newspapers.com, newspaperarchive.com, oldnews.com, virginiachronicle.com. [↩]
- Colette Cosnier, Les Dames de Femina – Un féminisme mystifié, Presses Universitaires de Rennes, 2009. [↩]
- in Claude Bellanger (dir.), Histoire générale de la presse française, tome 3 1871-1940, PUF, 1972, p. 388, voir aussi p. 382. [↩]
- Expérience relatée par Édouard Belin dans le magazine Je Sais Tout de Lafitte : Le tour de France d’une photographie en vingt minutes, Je Sais Tout, 15 mars 1908, pp. 241-248, Gallica-BnF. [↩]
- cf. Colette Cosnier, op. cit., pp. 123-124. [↩]
- Voir aussi : Marguerite Durand, fondatrice du premier quotidien féminin : La Fronde, Radio France, podcast du dimanche 13 janvier 2019 / Chloé Leprince, Sans archives, pas d’histoire : il y a un siècle, des pionnières archivaient le féminisme comme une urgence, Radio France, lundi 22 novembre 2021. [↩]
- Les suffragettes anglaises chez les suffragistes françaises, photo non créditée, Femina, n° 242, 15 février 1911, p. 73 (couverture), Gallica-BnF / La doyenne des suffragettes anglaises expose ses revendications, photo non créditée, Femina, n° 279, 1er septembre 1912, p. 499, Gallica-BnF. [↩]
- Les étudiantes françaises s’organisent, photo non créditée, Femina, n° 224, 15 mai 1910, p. 248, Gallica-BnF ; cf. Colette Cosnier, op. cit., p. 150, sans illustration. [↩]
- Les Suffragettes Anglaises tiennent un Important Meeting, Excelsior, n° 14, 29 novembre 1910, p. 5, Gallica-BnF. [↩]
- Thierry Gervais, La similigravure, Nouvelles de l’estampe, Online, 229, 2010, 8-25. [↩]
- Anne-Claude Ambroise-Rendu, Du dessin de presse à la photographie (1878-1914) : histoire d’une mutation technique et culturelle. In : Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 39, n°1, janvier-mars 1992. Pour une histoire culturelle du contemporain. pp. 6-28. [↩]
- Thierry Gervais, Photographies de presse ? Le journal L’Illustration à l’ère de la similigravure, Études photographiques, 16, 2005, pp. 166-181 [↩]
- Colette Cosnier, op. cit., p. 123 et pp. 301-303 [↩]
- Colette Cosnier, op. cit., pp. 74-75. [↩]
- Henri Duvernois a signé une critique élogieuse de ce roman dans Femina, le 15 juillet 1910. [↩]
- Voir Paul Edwards, Lorrain et l’illustration par la photographie, in, Jean Lorrain, « produit d’extrême civilisation », édité par Marie-France David-de Palacio et al., Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2009. [↩]
- Cérémonie patriotique au plateau d’Avron, La Vie Illustrée, 29 décembre 1898, couverture, dessin de Léon Fauret, Gallica-BnF / Le cortège funèbre sortant de Notre Dame [obsèques du président Félix Faure], La Vie Illustrée, 2 mars 1899, pp. 258-259, dessin d’après nature de Léon Fauret, Gallica-BnF. [↩]
- La parade du 4 janvier 1895, La Vie Illustrée, 25 mai 1899, p. 119, Gallica-BnF, image reproduite dans L’Œuvre, 7 juin 1930, RetroNews.fr. [↩]
- Le fiacre – L’omnibus – La porteuse de pain, Le Monde Illustré, 23 décembre 1899, p. 511, Gallica-BnF / Paris. – À l’exposition – L’heure de la fermeture, dans le parc du Trocadéro, Le Monde Illustré, 1er juillet 1900, p. 24, Gallica-BnF. [↩]
- Le « bain » de cinq heures à la piscine de l’automobile-club, dessin de Léon Fauret, L’Illustration, 12 octobre 1912, pp. 256-257, Google Books (Magazines). [↩]
- Après le désastre – Familles sinistrées hospitalisées dans les nouveaux locaux de l’Imprimerie Nationale, à Grenelle, L’Illustration, 12 février 1910, p. 157, Gallica-BnF. [↩]
- Une scène du “Vray mistère de la Passion” au théâtre de l’Odéon, dessin d’après nature de Léon Fauret, L’Illustration, 10 novembre 1906, p. 305, Gallica-BnF / Le Merle sort de sa cage [Chantecler], L’Illustration, 12 février 1910, p. 137, Gallica-BnF / Le jour de la pintade : entrée du coq sans croupion [Chantecler], L’Illustration, 26 février 1910, p. 205, Gallica-BnF. [↩]
- Autres scènes de Bourses dessinées par Fauret : Les bureaux réservés à la haute finance à Berlin – Le banquier H. von Beichröder devant son « box », dessin de Léon Fauret L’Illustration, 11 novembre 1911, p. 373, Google Books (Magazines) / L’intervention de la police pour protéger la sortie d’un spéculateur viennois à la baisse. M. Rosenberg, assiégé dans son box, dessin de Léon Fauret d’après les croquis d’un témoin oculaire, L’Illustration, 1 août 1914, p. 101, archive.org. [↩]
- La conférence de Carlsruhe, dessin de Léon Fauret, L’Illustration, 18 mai 1912, couverture, Google Books (Magazines) / Le cardinal-archevêque de Paris, Mgr Amette, reçoit le Président de la République à la Sainte-Chapelle, croquis de notre collaborateur Fauret…, J’ai vu, 3 juin 1916, couverture, Gallica-BnF / Une séance historique au Congrès de Washington – M. Wilson annonce que les États-Unis ont rompu avec l’Allemagne, composition de notre collaborateur Léon Fauret, J’ai vu, 17 février 1917, p. 1010, Gallica-BnF. [↩]
- Les balances de la charité royale, composition de Léon Fauret, La Vie heureuse, 15 janvier 1912, Gallica-BnF. [↩]
- La danse des sylphes et des elfes (par les jeunes élèves de Loïe Fuller) – Autour de Faust endormi, L’Illustration, N° 3645, 4 janvier 1913, Gutenberg.org / The Dance of the Sylphs and Elves around the Sleeping Faust, The Illustrated Sporting and Dramatic News (London, England), Saturday January 18, 1913, p. 877, newspapers.com. [↩]
- Illustration non retrouvée, mentionnée par Marcus Osterwalder, op. cit., p. 385. Quelques autres illustrations de la guerre signées Fauret : Pendant un des combats de Lorette – la récolte du lilas sous les balles, dessin de Fauret (un témoin oculaire a rapporté le fait que l’artiste a fidèlement reproduit sur cette page…), J’ai vu, 1er janvier 1914, Gallica-BnF / Un coup de maître – un artilleur français abat un Zeppelin près de Revigny (21 février), composition de Léon Fauret, d’après les croquis d’un témoin, J’ai vu, 1er mars 1916, Gallica-BnF. [↩]
- Voir : May Day, The Wellesley Legenda, 1910, p. 39, archive.org. [↩]
- Shakspere’s ‘Julius Caesar’ First Produced in French: The Great Scene, drawn by Leon Fauret, The Illustrated London News (London, England), Saturday, December 15, 1906, p. 10, newspapers.com / A New Idea For a Garden Party: An Eighteenth-Century Fête Revived, drawn by Leon Fauret, The Illustrated London News (London, England), Saturday, August 8, 1908, p.12, newspapers.com / Act III. of ‘Chantecler’ – The Fight Between Chantecler and The Game Cock at the Guineafowl’s Salon in the Kitchen Garden, drawn by Leon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday, February 12, 1910, p. 30, newspapers.com / The Magic Dancing of the Russians in London, drawn by Leon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday, July 9, 1910, p. 31, newspapers.com. [↩]
- Hunting à l’Anglais in France, drawn by Leon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday, April 16, 1910, p. 55, newspapers.com / A Parade of Military Horsemen at a Paris Horse Show – A Study in Chapeaux, Frow a drawing by Léon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday, June 11, 1910, p. 307, newspapers.com / In The Stalls – A Painting of a Parisian ‘First Night’ by Leon Fauret, The Illustrated Sporting and Dramatic News (London, England), Saturday, October 29, 1910, p. 363, newspapers.com / Napoleon’s Only Son Coin – Seekink for the French Republic’s Army, drawn by Leon Fauret, The Illustrated London News (London, England), Saturday, March 30, 1912, p. 469, newspapers.com. [↩]
- An Ebullition of Rioting in Paris, The Sphere (London, England), Saturday, July 9, 1910, p. 45, newspapers.com / Capturing a Candidate for the ‘Cat’ ? – In an Apaches’ ‘Den’ in Paris, drawn by Leon Fauret, The Illustrated London News (London, England), Saturday, September 17, 1910, p. 23, newspapers.com. [↩]
- Le Président de la République et Mme Poincaré au bal de l’Institut Agronomique, Femina, 1er avril 1913, p. 183, composition inédite de Léon Fauret, collection personnelle / Mlle Régine Flory fait appel aux soupeurs dans un cabaret a la mode, Femina, 15 juin 1913, p. 327, [image signée Léon Fauret], collection personnelle / Chez la marchande de frivolités à Deauville – rue Gontaut-Biron, Femina, 1er septembre 1913, p. 462, dessin inédit de Fauret [noms pseudo anonymisés, à droite Santos-Dumont], collection personnelle / Le bal à la salle persane, composition inédite de Fauret, Femina, 15 avril 1914, p. 230, Gallica-BnF / À travers les salons de l’Europe – M. André de Fouquières…, [signé L.F.]; À travers les salons de l’Europe – La princesse Schouvaloff Donna…, composition inédite de L. Fauret], Femina, 1 mai 1914, [deux images] pp. 238-239, Gallica-BnF / Une répétition générale sur l’Esplanade des Invalides – Un coin des coulisses du théâtre ambulant Gémier le soir de l’inauguration, Femina, 1 août 1911, p. 423, dessin de L. Fauret, Gallica-BnF. [↩]
- La fête de nuit sur la glace : la farandole, composition inédite de Léon Fauret, Femina, 15 février 1914, p. 98-99, Gallica-BnF. [↩]
- Modes d’automne & d’hiver, Femina, 15 octobre 1912, couverture, [signature Léon Fauret], collection personnelle. [↩]
- La Part des mères, Femina, 1er avril 1914, pp. 182-183-185 [trois images], Gallica-BnF. [↩]
- Colette Cosnier, op. cit., p. 76. [↩]
- Colette Cosnier, op. cit., p. 150. [↩]
- cf. Colette Cosnier, op. cit., p. 147. [↩]
- Les honneurs militaires à la Reine Amélie – À Biarritz : un gracieux incident de manœuvres, signature illisible, Femina, 15 avril 1910, p. 209, Gallica-BnF / The Queen of Portugal’s Interest in Military Life, drawn by Leon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday, April 23, 1910, p. 73, newspapers.com. [↩]
- Le bouquet de la Reine, Femina, 1er juin 1911, couverture (p. 281) dessin de Fauret, Gallica-BnF // Autour du couronnement – Pour l’étiquette, Femina, 1er juin 1911, p. 299, dessin de Fauret, Gallica-BnF / Holding The Mirror up to Nature, drawn by Leon Fauret [Publicité pour le magazine The Sphere], The Tatler (London, England), Wednesday, May 20, 1914, p. 118, newspapers.com // Autour du couronnement – Les dames d’honneur, Femina, 1er juin 1911, p. 300, dessin de Fauret, Gallica-BnF / A Court of His Majesty King George The Fifth, drawn by Leon Fauret, The Sphere (London, England), Saturday, June 10, 1911, p. 9, newspapers.com // Autour du couronnement – Le couronnement de la Reine, Femina, 1er juin 1911, p. 301, dessin de Fauret, signature illisible, Gallica-BnF / Intelligent Anticipation of Events Before They Happen – Lord Curzon. The Coronation of the Queen (to say nothing of the King) as anticipated by the French artist, M. Leon Fauret. King George will be noticed approaching from the rear, The Bystander (London, England), Wednesday, June 7, 1911, couverture, newspapers.com // Autour du couronnement – Le lunch des pairesses, Femina, 1er juin 1911, p. 302, dessin de Fauret, signature illisible, Gallica-BnF / Peers and Peeresses refresh themselves in the House of Lords after the ceremony, by Leon Tauret, The Bystander (London, England), Wednesday, June 21, 1911, p. 611, newspapers.com. [↩]
- Après l’élection : la visite de Mme Poincaré à Mme Fallières, dessin inédit de Fauret, Femina, 15 février 1913, p. 98, collection personnelle / Extreme at the Elysée – Mme Poincaré (femme du monde) visits Mme Fallières (bonne bourgeoise), by Leon Fauret, The Bystander (London, England), Wednesday, February 19, 1913, p. 395, archive.org. [↩]
- Sources : Andrea Salmaso, Maria Nikolajewna O’Rourke Tarnowska. “L’affare dei Russi”, Venezia (1907–2007), Venezia: Hotel Ala, 2006, p. 43, hotelala.it [PDF] / Giovanni Della Mora, Fascino, disonore e morte. Storia di Maria Tarnowska, l’ammaliatrice, Tesi di laurea, 2015-2016, EAI – Edizioni Accademiche Italiane, p. 101, Researchgate.com [PDF]. [↩]
- Processo dei Russi alle Assise di Venezia, réalisateur inconnu, prod. Fratelli Roatto, 1910. [↩]
- Sources : Biblioteca di Storia Moderna e Contemporanea (digiteca.bsmc.it) / BiASA – Biblioteca di Archeologia e Storia dell’Arte – Periodici Italiani Digitalizzati. [↩]
- Portias on the Stage and Off – Portia in Real Life Actually at Work, From a drawing by Leon Fauret, The Bystander (London, England), Wednesday, December 13, 1911, p. 579, newspapers.com. [↩]
- Colette Cosnier, op. cit., p. 109. [↩]
- Woman as Man’s Teacher, The Coming Nation (Girard, Kansas), Saturday, March 11, 1911, p. 11, newspapers.com / Woman as Man’s Teacher, The World’s News (Sydney, Australia), Saturday, March 18, 1911, p. 16 [mention ‘Sphere’], newspapers.com. [↩]
- First Woman Member of Parliament Enters Upon Her Duties, The Minneapolis Sunday Tribune (Minneapolis, Minnesota), Sunday, June 4, 1911, p. 19, newspapers.com / The First Woman Member of Parliament Enters Upon Her Duties, The Mansfield News (Mansfield, Ohio), Monday, June 12, 1911, p. 9, newspapers.com / The First Woman Member of Parliament Enters Upon Her Duties, The Fargo Forum, Daily Republican, and Moorhead Daily News (Fargo, North Dakota), Thursday, July 6, 1911, p. 6, newspapers.com / The First Woman Member of Parliament Enters Upon Her Duties, Billings Evening Journal (Billings, Montana), Tuesday, July 18, 1911, p. 3, newspapers.com. [↩]
- Candidates, Le Monde Illustré, 1er janvier 1910, p. 233, Gallica-BnF / La France, comme l’Angleterre, a ses Suffragettes, Excelsior, 13 décembre 1910, p. 5, Gallica-BnF. Plusieurs de ces clichés ont été réalisés par le photographe Albert Harlingue, voir sur Wikimedia avec les liens donnés en références. [↩]
- Christine Bard, Notice sur Maria Vérone, in Christine Bard et Sylvie Chaperon, Dictionnaire des féministes : France, XVIIIe – XXIe siècle, Paris, Presses universitaires de France, 2017, p. 1774 [↩]
- Dictionnaire des féministes, op. cit., p. 1624 [↩]
- Un épisode des inondations parisiennes, Femina, 15 février 1910, pp. 90-91, Gallica-BnF. [↩]
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Patrick Peccatte (2 février 2026). Mme Maria Vérone à la tribune (Léon Fauret, 1910) – une illustration féministe et son contexte de publication. Déjà Vu. Consulté le 4 septembre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/15ln7


Comment ces dames de la grande bourgeoisie ont-elles fait pour se soumettre à coiffer de si encombrants et lourds chapeaux, pendant de si longues années ? A quoi ces chapeaux servaient-ils symboliquement ?
Y a-t-il des traces écrites de femmes critiquant cette mode absurde et qu’on pourrait comparer … plus ou moins … aux pieds atrophiés des chinoises, ou aux voiles dissimulant les visages et les corps des orientales … à l’empêchement d’étudier, et d’avoir une carrière, pour les femmes “bien nées” … ? ? ?